Le yoga est-il un sport {comme les autres }?

Tenir une posture, sentir les muscles travailler, parfois trembler, transpirer.

Voir la silhouette changer, gagner en force et en souplesse.

Progresser, se sentir bien.

Pratiquer les asanas, ou postures du yoga, peut vraiment ressembler à un sport.

Aussi quand on me dit que le yoga est mou, « pas assez tonique », qu’il revient à s’étirer lentement pendant une heure sur un tapis, à respirer de l’encens en chantonnant des mantras, j’ai envie de dire « oh ! Le yoga ça n’est pas que ça !« . Je voudrais expliquer à quel point le yoga peut être une discipline exigeante physiquement, et la satisfaction d’arriver à certains résultats, à force de persévérance.

Et en même temps…

Quand on me dit « ah oui j’ai fait un cours d’ashtanga, c’était pas mal au niveau cardio et je te dis pas les courbatures le lendemain ! », j’ai envie de dire « oh ! le yoga ça n’est pas que ça !« . Je voudrais raconter l’importance du souffle, le pranayama, les postures qui ne sont qu’un chemin vers la méditation, les yamas, et tellement, tellement d’autres choses…

Mais au fait, qu’est-ce qu’un sport ? Selon le CNRTL (un de mes sites préférés du monde), un sport est une « activité physique, le plus souvent de plein air et nécessitant généralement un entraînement, qui s’exerce sous forme de jeu ou de compétition, suivant des règles déterminées ». C’est aussi la « forme spécifique que prend cette activité physique, considérée comme une discipline autonome ayant ses règles, son organisation, son entraînement, ses codes, ses valeurs« .

Règles, organisation, entrainement, codes, valeurs. Oui. Jeu ou compétition ? Allons donc chercher la définition de jeu : « Activité divertissante, soumise ou non à des règles, pratiquée par les enfants de manière désintéressée et par les adultes à des fins parfois lucratives« . Intéressant, comme définition, non ? Participer à un cours de yoga, est-ce moins divertissant que d’aller courir une heure, marquer des paniers, répéter une chorégraphie ?

Au vu de ces descriptions, on peut reconnaitre sans trop d’effort que le yoga -une partie du yoga- s’inscrit bien dans la définition d’un sport.

Alors soit, le yoga est un sport. En partie. Je sais que cela va faire bondir certains yogis, mais le yoga est une activité physique, et pour certains il ne sera toujours que ça. Une discipline sportive quelque part entre la gym douce et la contorsion, selon les pratiques. Un sport où l’on demande de respirer de telle façon, où l’on propose des enchaînements, où les mouvements sont codifiés. Une pratique sans compétition, mais où l’on observe parfois ce que font les autres et où l’on se compare. Un ensemble d’exercices avec une possibilité de progression. Un moyen de se muscler et d’être en meilleure santé physique.

Mais dans ce cas, est-ce un sport… comme les autres ?

Je ne sais pas bien comment on pratique dans les sports « classiques ».

Ayant surfé à une époque et cotoyé pas mal de surfeurs, je sais qu’il y a le plus souvent chez eux un côté écolo ou au moins éco-conscient. Le surf apprend l’humilité. Il suffit de se prendre quelques grosses vagues sur le museau pour comprendre que l’océan est définitivement plus fort que soi. Le surf enseigne la patience : attendre la vague, ramer, revenir, attendre la vague, ramer plus loin, revenir, attendre… (oui j’attendais beaucoup, moi). Il pousse généralement à une certaine admiration de la nature, voire un sentiment de communion avec les éléments. : cela peut sembler mystique, mais surfer une vague est à mon sens une des plus belles expériences qu’on puisse vivre dans une vie. Si l’on ajoute la discipline nécessaire (il faut se plier aux horaires de marées, prendre soin de son matériel, persévérer, idéalement adopter une certaine hygiène de vie…) le surf peut finalement constituer un lifestyle à part entière, sous-tendu par des valeurs de tolérance, de reconnaissance, de respect de l’autre et de la nature.

Il est d’ailleurs révélateur de voir que ces valeurs, acquises à force d’application, de labeur face à des éléments à la fois peu coopérants et sublimes, sont moins présentes chez les snowboarders. Pour la plupart des snowboarders, arriver en haut de la montagne ne demande pas d’effort, remontées mécanique aidant. A 16h les pistes ferment et la nuit approche de toute façon… Le snowboard n’est pas le surf, même si certaines sensations peuvent se retrouver et si le snow se réclame de son cousin aquatique (c’est en tout cas ce que nous raconte le marketing, les mêmes marques se retrouvant sur les cimes et sur les plages). No pain, no gain. Moins on lutte à glisser sur sa planche, moins on semble avancer sur la voie de l’harmonie avec la nature.

Pour autant, fournir un effort important n’est pas garantie d’épanouissement. J’ai dansé, et vu le goût de l’effort et la recherche de la perfection… deux notions qui, poussées à l’extrême, peuvent causer bien des dégâts chez les jeunes danseurs et danseuses. Et que dire des pointes qui déforment les pieds, des séances d’assouplissement parfois proches de la torture ?

Pour ce qui est des « autres » sports, que je n’ai pas pratiqués et ne vois que de loin, j’ai l’impression que certaines valeurs sont généralement mises en avant : esprit d’équipe, respect de l’adversaire, respect des règles, persévérance, effort, implication, discipline. Mais à quel degré sont-elles indispensables pour progresser ? Si l’esprit d’équipe semble plutôt impératif pour avancer dans le foot, la bienveillance ou l’honnêteté en revanche ne semblent pas particulièrement développées chez les footballers professionnels. Notez bien que mon avis est uniquement basé sur ce qu’on entend ou lit dans les média, vu que je ne connais personnellement aucun footballer (mais avouez aussi que les footeux pros, c’est quand même pas les mecs les plus avenants de la planète).

Que dire du cyclisme, au sujet duquel on entend couramment que le dopage est la norme ? Que penser de toutes les pratiques sources de blessures, qu’il s’agisse de coups encaissés en combat de boxe ou des claquages dus à une pratique trop  intense ? Si le sport a généralement pour but d’améliorer ou maintenir une condition physique, que devient-il quand il met la santé du sportif en danger ?

La question que je me pose, finalement, c’est : « Est-ce que ces sports rendent heureux ? ». Est-ce qu’ils aident à se sentir bien ? Je peux imaginer que le joueur qui remporte un match de tennis est content. Mais l’est-il quand il perd ? On entend « l’important c’est de participer », mais quand on est très investi, qu’on s’entraine pour remporter une compétition ou un match… est-on vraiment satisfait même si l’on perd ? Plus l’enjeu demande d’effort, plus on doit être déçu…

J’ai ainsi la tentation de séparer les « sports » en deux catégories : ceux où l’on se confronte aux autres, et ceux où l’on est face à soi. Un même sport peut d’ailleurs entrer dans les deux catégories : celui qui court en compétition ne vit surement pas sa pratique comme celui qui arpente les routes uniquement pour son plaisir.

Je regrette de ne pas connaître mieux les arts martiaux, car je comprends que leur pratique intègre une dimension spirituelle, un cheminement moral. A ce titre, ils se rapprochent peut-être du yoga.

Parce que le yoga en tant que sport, finalement, n »est que la partie émergée de l’iceberg.

Le yoga, en vrai, est très loin de se limiter aux asanas. Le yoga est une pratique ancestrale, et a pour objectif de supprimer la souffrance. Pour cela il emprunte plusieurs voies, et la pratique physique s’inscrit à l’intérieur d’un ensemble bien plus vaste, bien plus riche.

Le yoga est une philosophie et un mode de vie.

Si on le souhaite.

yoga amélie

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2 réflexions sur “Le yoga est-il un sport {comme les autres }?

  1. crevettedemars dit :

    Très très intéressant, je me retrouve beaucoup dans la première partie de ton article.
    Pour la suite de ta réflexion (la comparaison avec les autres sports) il y a une différence fondamentale : le yoga n’est pas un sport de compét’ et il n’est pas (à ma connaissance, peut-être me démentiras-tu…) institutionnalisé à l’échelle nationale et mondiale. Or dans tes comparaisons tu compares avec le sport (foot, basket, vélo…) pratiqué en compét’ à son plus haut niveau. Alors là oui on a du dopage, des tirs dans les pattes, des histoires de sous et tout ça mais si on revient à un niveau plus bas, plus humain, plus près de la pratique particulière, pour soi, alors on est plus proche du yoga ! (quand je vais faire de la natation ou du vélo, je fais du sport même si c’est à un tout petit niveau et pas du tout destiné à la compétition !)
    En conclusion, je pense que oui le yoga est un sport comparable aux autres, qui rentre dans une catégorie un peu à part où il y a une véritable spiritualité qui y est rattachée…

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