Gratitude

Je n’avais pas l’intention d’écrire après ce nouveau stage de formation. Pourtant, sur mon petit lit aux montants de métal, dans le calme du début de nuit et alors que la semaine ensemble se termine, me prend comme une envie de laisser quelques mots.

Une trace de ces jours partagés, un message de gratitude pour les camarades qui dorment (ou presque) dans les chambres contiguës.

Cohabiter avec 14 personnes n’est pas toujours chose aisée. Question de rythmes, d’habitudes, de feeling. La fatigue ou la lassitude pourraient prendre le dessus, quelques tensions naitre ou grandir. D’ailleurs elles l’ont fait, parfois.

Les pratiquants de yoga, comme les professeurs et les formateurs, sont des êtres humains. Nous trainons tous nos valises, plus ou moins lourdes : nos envies, nos peurs, nos expériences, nos manies, quelques certitudes branlantes, quelques désirs plus ou moins assumés. Je trimballe, comme tout un chacun, mon lot de mauvaise foi et d’égo mal placé.

Dans ce groupe, nous sommes tous différents. Des métiers divers, des parcours variés, un large éventail d’âges, d’origines et d’horizons. Autant de raisons de se heurter : la collision pourrait être facile, avec des trajectoires en apparence si dissemblables.

Et pourtant…

Pourtant nous avons tous quelque chose en commun. Outre le fait de souhaiter approfondir la pratique du yoga, et de désirer le transmettre, nous arpentons tous un chemin particulier. Nous avons tous initié une démarche identique, celle qui consiste à porter un regard sur nous-même pour nous améliorer.

On ne peut pas s’engager sur la voie du yoga, de façon authentique, sans s’interroger sur soi.

On ne peut pas transmettre le yoga sans avoir expérimenté sa dimension spirituelle.

On ne peut pas comprendre les Yoga Sutra de Patanjali si l’on ne fait pas l’effort de confronter la philosophie à nos vies quotidiennes.

Suis-je dans Ahimsa, la non-violence ? Dans Satyam, la véracité ? Ai-je assimilé ce que ces concepts englobent ?

Une grande part de notre travail, dans l’étude des textes, consiste à chercher des exemples concrets illustrant les aphorismes.

Et c’est là que se révèle la beauté et l’intérêt de nos différences. Chacun, dans ce groupe, possède une approche différente. Chacun son histoire, chacun sa vision, chacun ses anecdotes. De la pluralité de nos récits se dégage un tout, forcément plus grand, forcément plus riche. Sans mes camarades, combien de facettes aurais-je pu omettre ?

Nous sommes autant de miroirs les uns pour les autres. Ce que nous y voyons n’est pas toujours plaisant, nous renvoie parfois à des vérités que nous souhaiterions éviter, mais quelle force aussi, dans ces aperçus de vie, et dans l’expérience commune.

Car si je plonge plus profond en moi, si je dois faire l’effort –parfois couteux- d’admettre mes failles, de reconnaître mes travers, je dois aussi constater l’apaisement qui découle du partage. Oui, j’ai mes fêlures, j’ai abrité quelques démons, je lutte encore contre des peurs, des idées erronées, de mauvaises habitudes, je fais des choses idiotes. Mais mes camarades aussi. Et de la même façon que je ne les juge pas, je sais qu’ils gardent envers moi ce regard bienveillant. Et parce qu’ils portent sur moi ce regard bienveillant, j’arrive plus aisément à le faire envers moi-même.

La bienveillance, quelle merveille…

Ce que je retiendrai de ces moments de groupe, ce sont les sourires, les rires, les gestes amicaux, les petites attentions, et surtout la grande bienveillance qui règne au sein de notre promotion.

Aussi différents que puissent être mes camarades, ils ont cette petite lueur en eux, cette qualité précieuse, la capacité à accepter l’autre sans jugement. J’espère contribuer, comme ils le font pour moi, à les aider à voir le beau en eux-mêmes.

Merci Anne, Arthur, Cécile, Delphine, François, Gaëlle, Isabelle, Julie, Léa, Marielle, Mariln, d’être de si bons voisins de chambre, de table, de promenade ou de tapis.

Merci pour les chants, les devoirs préparés en groupe, les blagues même nases, le chocolat, les discussions et le partage.

Merci Anne, Isabelle, Philippe, de nous communiquer votre enthousiasme, d’arriver à nous faire partager vos savoirs sans jamais nous les rendre intimidants.

Je salue la lumière qui est en vous : Namaste !

*voilà*

 

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De la beauté du yoga nu(e)

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Elle souhaite rester anonyme, même si on peut la découvrir nue chaque jour dans diverses postures de yoga. En moins de 6 mois, nude_yogagirl a rassemblé plus de 330 000 followers sur  son compte Instagram.

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Ses photos en noir et blanc sont sublimes, ses asanas fascinants. Sur les images, rien d’autre qu’elle et son tapis. On ne verra si son visage de face (anonymat oblige), ni ses seins, ni quoi que ce soit qu’Instagram trouverait répréhensibles.

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On sait qu’elle est modèle et photographe, qu’elle a 25 ans. Sur son site internet, elle partage des articles traitant de bienveillance, d’acceptation, d’effort, et des conseils pour débuter ou progresser en yoga. Les textes accompagnant ses photos sur IG vont souvent dans ce même sens : acceptation de soi, persévérance, recherche du bien-être, valorisation de la gentillesse…

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En parcourant son compte et son site, je m’interroge un peu : est-ce un « coup » marketing, cherche-t-elle à vendre quelque chose ? Pour avoir passé beaucoup de temps sur Instagram, je sais que dans la communauté du yoga en ligne, les enjeux commerciaux sont réels. Derrière les belles photos, on vend beaucoup, on construit des notoriétés qui deviennent à leur tour bankables.

Mais au final, même si nude_yogagirl souhaitait monétiser son image ou se promouvoir d’une quelconque façon, je m’en fiche un peu.

Elle est magnifique, ses photos sont magnifiques, et ses asanas reflètent une pratique réelle et probablement assidue. Elle a déclaré au Huffington Post pratiquer depuis des années, et quotidiennement depuis un an. Je veux bien la croire.

Elle promeut un mode de vie sain, prône la bienveillance. Elle affirme que cette pratique l’a aidée à accepter son corps tel qu’il est… et même si l’on est tenté de dire « ça n’a pas dû être trop difficile avec une plastique pareille », finalement 1) on n’en sait rien (si les complexes étaient tous justifiés, ça se saurait) et 2) le message reste important à transmettre.

Plus important encore, elle aide à populariser le yoga, encore un peu plus. Si les belles images, ou le simple fait qu’elle soit nue, lui attirent des vues et des abonnés, tant mieux ! Car sur le nombre, certaines et certains auront envie de pousser la porte d’un studio de yoga, ou trouveront la confiance qui leur manquait pour le faire jusqu’alors. Et au final nude_yogagirl aura contribué à (ce qui me semble être) une très bonne action.

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Le yoga est-il un sport {comme les autres }?

Tenir une posture, sentir les muscles travailler, parfois trembler, transpirer.

Voir la silhouette changer, gagner en force et en souplesse.

Progresser, se sentir bien.

Pratiquer les asanas, ou postures du yoga, peut vraiment ressembler à un sport.

Aussi quand on me dit que le yoga est mou, « pas assez tonique », qu’il revient à s’étirer lentement pendant une heure sur un tapis, à respirer de l’encens en chantonnant des mantras, j’ai envie de dire « oh ! Le yoga ça n’est pas que ça !« . Je voudrais expliquer à quel point le yoga peut être une discipline exigeante physiquement, et la satisfaction d’arriver à certains résultats, à force de persévérance.

Et en même temps…

Quand on me dit « ah oui j’ai fait un cours d’ashtanga, c’était pas mal au niveau cardio et je te dis pas les courbatures le lendemain ! », j’ai envie de dire « oh ! le yoga ça n’est pas que ça !« . Je voudrais raconter l’importance du souffle, le pranayama, les postures qui ne sont qu’un chemin vers la méditation, les yamas, et tellement, tellement d’autres choses…

Mais au fait, qu’est-ce qu’un sport ? Selon le CNRTL (un de mes sites préférés du monde), un sport est une « activité physique, le plus souvent de plein air et nécessitant généralement un entraînement, qui s’exerce sous forme de jeu ou de compétition, suivant des règles déterminées ». C’est aussi la « forme spécifique que prend cette activité physique, considérée comme une discipline autonome ayant ses règles, son organisation, son entraînement, ses codes, ses valeurs« .

Règles, organisation, entrainement, codes, valeurs. Oui. Jeu ou compétition ? Allons donc chercher la définition de jeu : « Activité divertissante, soumise ou non à des règles, pratiquée par les enfants de manière désintéressée et par les adultes à des fins parfois lucratives« . Intéressant, comme définition, non ? Participer à un cours de yoga, est-ce moins divertissant que d’aller courir une heure, marquer des paniers, répéter une chorégraphie ?

Au vu de ces descriptions, on peut reconnaitre sans trop d’effort que le yoga -une partie du yoga- s’inscrit bien dans la définition d’un sport.

Alors soit, le yoga est un sport. En partie. Je sais que cela va faire bondir certains yogis, mais le yoga est une activité physique, et pour certains il ne sera toujours que ça. Une discipline sportive quelque part entre la gym douce et la contorsion, selon les pratiques. Un sport où l’on demande de respirer de telle façon, où l’on propose des enchaînements, où les mouvements sont codifiés. Une pratique sans compétition, mais où l’on observe parfois ce que font les autres et où l’on se compare. Un ensemble d’exercices avec une possibilité de progression. Un moyen de se muscler et d’être en meilleure santé physique.

Mais dans ce cas, est-ce un sport… comme les autres ?

Je ne sais pas bien comment on pratique dans les sports « classiques ».

Ayant surfé à une époque et cotoyé pas mal de surfeurs, je sais qu’il y a le plus souvent chez eux un côté écolo ou au moins éco-conscient. Le surf apprend l’humilité. Il suffit de se prendre quelques grosses vagues sur le museau pour comprendre que l’océan est définitivement plus fort que soi. Le surf enseigne la patience : attendre la vague, ramer, revenir, attendre la vague, ramer plus loin, revenir, attendre… (oui j’attendais beaucoup, moi). Il pousse généralement à une certaine admiration de la nature, voire un sentiment de communion avec les éléments. : cela peut sembler mystique, mais surfer une vague est à mon sens une des plus belles expériences qu’on puisse vivre dans une vie. Si l’on ajoute la discipline nécessaire (il faut se plier aux horaires de marées, prendre soin de son matériel, persévérer, idéalement adopter une certaine hygiène de vie…) le surf peut finalement constituer un lifestyle à part entière, sous-tendu par des valeurs de tolérance, de reconnaissance, de respect de l’autre et de la nature.

Il est d’ailleurs révélateur de voir que ces valeurs, acquises à force d’application, de labeur face à des éléments à la fois peu coopérants et sublimes, sont moins présentes chez les snowboarders. Pour la plupart des snowboarders, arriver en haut de la montagne ne demande pas d’effort, remontées mécanique aidant. A 16h les pistes ferment et la nuit approche de toute façon… Le snowboard n’est pas le surf, même si certaines sensations peuvent se retrouver et si le snow se réclame de son cousin aquatique (c’est en tout cas ce que nous raconte le marketing, les mêmes marques se retrouvant sur les cimes et sur les plages). No pain, no gain. Moins on lutte à glisser sur sa planche, moins on semble avancer sur la voie de l’harmonie avec la nature.

Pour autant, fournir un effort important n’est pas garantie d’épanouissement. J’ai dansé, et vu le goût de l’effort et la recherche de la perfection… deux notions qui, poussées à l’extrême, peuvent causer bien des dégâts chez les jeunes danseurs et danseuses. Et que dire des pointes qui déforment les pieds, des séances d’assouplissement parfois proches de la torture ?

Pour ce qui est des « autres » sports, que je n’ai pas pratiqués et ne vois que de loin, j’ai l’impression que certaines valeurs sont généralement mises en avant : esprit d’équipe, respect de l’adversaire, respect des règles, persévérance, effort, implication, discipline. Mais à quel degré sont-elles indispensables pour progresser ? Si l’esprit d’équipe semble plutôt impératif pour avancer dans le foot, la bienveillance ou l’honnêteté en revanche ne semblent pas particulièrement développées chez les footballers professionnels. Notez bien que mon avis est uniquement basé sur ce qu’on entend ou lit dans les média, vu que je ne connais personnellement aucun footballer (mais avouez aussi que les footeux pros, c’est quand même pas les mecs les plus avenants de la planète).

Que dire du cyclisme, au sujet duquel on entend couramment que le dopage est la norme ? Que penser de toutes les pratiques sources de blessures, qu’il s’agisse de coups encaissés en combat de boxe ou des claquages dus à une pratique trop  intense ? Si le sport a généralement pour but d’améliorer ou maintenir une condition physique, que devient-il quand il met la santé du sportif en danger ?

La question que je me pose, finalement, c’est : « Est-ce que ces sports rendent heureux ? ». Est-ce qu’ils aident à se sentir bien ? Je peux imaginer que le joueur qui remporte un match de tennis est content. Mais l’est-il quand il perd ? On entend « l’important c’est de participer », mais quand on est très investi, qu’on s’entraine pour remporter une compétition ou un match… est-on vraiment satisfait même si l’on perd ? Plus l’enjeu demande d’effort, plus on doit être déçu…

J’ai ainsi la tentation de séparer les « sports » en deux catégories : ceux où l’on se confronte aux autres, et ceux où l’on est face à soi. Un même sport peut d’ailleurs entrer dans les deux catégories : celui qui court en compétition ne vit surement pas sa pratique comme celui qui arpente les routes uniquement pour son plaisir.

Je regrette de ne pas connaître mieux les arts martiaux, car je comprends que leur pratique intègre une dimension spirituelle, un cheminement moral. A ce titre, ils se rapprochent peut-être du yoga.

Parce que le yoga en tant que sport, finalement, n »est que la partie émergée de l’iceberg.

Le yoga, en vrai, est très loin de se limiter aux asanas. Le yoga est une pratique ancestrale, et a pour objectif de supprimer la souffrance. Pour cela il emprunte plusieurs voies, et la pratique physique s’inscrit à l’intérieur d’un ensemble bien plus vaste, bien plus riche.

Le yoga est une philosophie et un mode de vie.

Si on le souhaite.

yoga amélie

Rien ne m’appelle, rien ne m’attend

C’est une petite phrase qu’a prononcée mon prof de yoga, Denis, lors d’un précédent cours.

Nous étions en Savasana, la posture du cadavre. Une posture faite pour la détente des muscles et de l’esprit, pour la relaxation. Allongé sur le dos, on décontracte tous les muscles, on laisse le corps reposer au sol, le souffle libre, l’esprit apaisé.

Et durant ce moment dédié au calme, ce jour-là, mon esprit n’arrêtait pas de mouliner. Autant pendant les postures précédentes, j’avais réussi à canaliser mes pensées en me concentrant sur la respiration et les mouvements, autant là c’était un assaut des pensées importunes. Le boulot, les tâches non terminées, les appels que je n’avais pas eu le temps de passer la veille et qu’il fallait que je note pour lundi, les mails non envoyés, les dossier du mois à venir. Après une semaine ultra-remplie et fatigante, pleine de journées stressantes, j’avais du mal à redescendre, à calmer l’afflux des idées. A peine allongée, immobile, laissée à moi-même, et hop ! retour au taf. Epuisant.

Calmer ses pensées, ça n’est pas une mince affaire, mais ça s’apprend. Parfois j’y arrive bien. Mais il y a des jours où c’est plus difficile que d’autres et là, avec mes bouffées de stress, je n’y arrivais pas du tout. Invasion totale et persistante.

Et puis mon prof, qui guidait ce moment de relaxation, nous a dit quelque chose du genre « Vous reposez sur le sol, vous êtes dans le moment présent« , et il a ajouté « Rien ne vous appelle, rien ne vous attend« .

Ça m’a fait un petit déclic. Rien ne m’appelle, rien ne m’attend. Je suis dans une salle de yoga, et je suis tranquille. Mon téléphone ne va pas sonner, aucun mail ne peut m’atteindre. Je ne suis en retard pour rien, ici. Et plus : aucun enfant ne va venir me réclamer un camion de pompier ou des rondelles de concombre. Pas de couche à changer, pas de Légo à ranger. Je suis libre, dans cette parenthèse.

Rien ni personne ne m’appelle, rien ni personne ne m’attend.

Je ne peux pas dire que je me suis trouvée illico en totale relaxation, mais cette phrase m’a aidée à apaiser -un peu- les fluctuations du mental. Et ça fait partie des avantages de suivre un cours avec un professeur : suivre une voix peut être vraiment salutaire.

Je vais garder cette phrase dans ma « boîte à outil », je pense qu’elle me resservira à nouveau prochainement ! Merci Denis 🙂

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Un blog… juste pour le yoga ?

Quel drôle de sensation, en me retrouvant devant un blog tout vide !

Voilà deux ans que je blogue sur Les vies d’Amélie. J’y ai posté 240 articles et reçu près de 180 000 visites, j’y ai parlé kids, cuisine, DIY, shopping, allaitement, boulot et yoga. J’y ai surtout pris mes habitudes, créé des liens avec des lecteurs. Je m’y suis installée et je m’y sens bien.

Mais voilà, depuis que j’ai débuté ma formation de professeur de yoga, j’ai envie de parler de cette discipline, davantage, et peut-être différemment de ce que j’ai fait jusqu’à présent.

Alors je tente une nouvelle aventure : un blog « juste » pour le yoga. Ceci dit le sujet est si vaste qu’il y a de quoi écrire pendant quelques décennies. Et me connaissant je sais déjà qu’on va digresser et parler développement personnel, fringues, bouffe ou voyages. Le yoga ça ne se passe pas que sur un tapis !

Si vous lisez ce premier article aujourd’hui, vous assistez au début d’un nouveau chemin… j’espère que vous l’arpenterez avec moi !

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